Catégorie Lycée - Nimue Molina

samedi 17 juin 2017, par Christine Faux

Nimue Molina (Lycée Alcide d’Orbigny, La Paz, Bolivie) remporte un prix dans la catégorie "Lycée" pour son texte relatif à l’oeuvre Nighthawks de Edward Hopper.


Je la regardais comme un aigle dans la nuit

Si l’amour est un danger pour l’être, alors l’amour a toujours été ma douleur, mon terrible martyr. Le sang se mélange au rouge à lèvres de la femme, sous la peau et sous les couvertures. Sous mes intentions peut-être je cachais de terribles pensées sur notre amour qui, peut-être un jour, avait existé ; ou peut être pas. Je ne préfère jamais le savoir.
Elle et moi, moi et elle, dans cet appartement avec des murs en pierre et métal coupant, froid comme elle, et comme l’hiver où on acheta cette pièce. Et pour être sincère, notre séparation fut provoquée par ce réveil à trois heures du matin, réveil triste et même nostalgique.
Tout ce qui est arrivé avant est resté avec moi, même ce jour-là où je pensais à elle. Elle et ses cheveux rouges comme la passion, et comme le sang, toujours. Et je l’ai aimée un jour, je le promets, je le jure, sur ma mère, sur ma fille ; les deux mortes aujourd’hui. La mort qui toujours circulait autour de ma vie et son amour qui me donnait de la vie, étaient deux côtés de la monnaie qui se montraient à la fois. Comme je sentais quelque fois la pudeur et la douleur pour elle, une à la fois.
Je voulais la voir à nouveau, c’était mon seul désir. Mais pas à travers des fenêtres comme je le faisais tous les samedis. Je voulais la voir en vrai. Je voulais toucher sa peau douce comme la crème. Je voulais baiser ces lèvres rouges. Et j’étais forcé de la voir à chaque fois qu’elle allait au Phillies avec son fiancé. Elle essayait toujours de s’assoir dos à moi. Cependant je la voyais regarder derrière quelque fois, comme si elle regardait ce qui se passait dans les rues désertes de la nuit, mais en fait, elle me regardait moi. Je le sentais. Je sentais ses yeux qui me perçaient chaque fois qu’elle se tournait vers moi. Et quelques fois même, nos yeux se croisaient, et on avait une conversation silencieuse. Mais elle ne le sut jamais, clairement.
Je me cachais dans l’obscurité de notre vieil appartement, et je la regardais, même si elle ne me voyait pas, moi je l’observais avec beaucoup d’attention.
Tout les samedis ils se caressaient, ils s’embrassaient, en face de moi, et elle prétendait qu’elle ne me regardait pas avec ses terribles yeux pleins de tristesse et d’amour mal oublié. Mais son fiancé la prenait toujours par la ceinture, l’approchait de lui. Ces lèvres qui ont un jour été miennes. La jalousie me faisait mal, me torturait, me tenait captive de cette femme. Je me considérais comme une âme libre, mais elle m’attrapa entre ses yeux, les miens, et son corps. Destiné à mourir moralement dans cet appartement, j’entrai lentement en désespoir. Et la passion fut ma mort.
Cette nuit elle était avec cet homme de nouveau. Toujours avec son dos tourné vers moi. Toujours avec ses lèvres rouges comme la passion. Le barman leur servit à boire. Et comme toujours, je la regardais de la fenêtre. Mais cette fois mes mains ne se pressaient pas sur mon cœur mais sur la gâchette.
Oui, je l’aimais, monsieur, je l’aimais. C’est ma seule défense. Si je dois mourir dans une prison alors laissez-moi mourir avec une photo d’elle. Ou un dessin. Ou quelque chose. Et si cet interrogatoire est fini alors donnez-moi mon martyr. Mais aucun ne sera plus fort que celui que je souffre à cause de mon amour. Et même si vous me tuez je vous le dirais encore : je suis déjà mort.